Nihon no Drama

Le Vent se lève

kaze tachinu - cinefeel

Studio Ghibli
De Hayao Miyazaki

Synopsis :

Jiro a un rêve : dessiner puis construire de beaux avions, à la courbure parfaite. Il a la tête remplie d’avions et l’esprit en l’air plutôt que sur terre. C’est en rencontrant l’amour qu’il va découvrir que la vie peut être aussi belle que les rêves.

Critique : 

Le pape de l’animation japonaise l’a annoncé en septembre dernier, il nous livre avec « Le Vent se lève » sa dernière réalisation au sein des Studio Ghibli, studio dont il est le fondateur.
Une histoire triste, tendre et drôle par instants, mais avant tout une histoire de vie.
C’est l’histoire d’une vie, de nos vies, de nos rêves, qui changent ou perdurent selon les aléas de la vie.

Cette œuvre est sans doute la plus mâture de Miyazaki. Œuvre bilan, elle n’est cependant pas dépourvue de questionnement comme toujours sur le sens de la vie en société, des choix cornéliens qu’elle nous inflige.
Il est clair que ce dernier Ghibli n’est pas destiné en premier lieu à un très jeune public.
Basé sur la vie de l’ingénieur japonais Jiro Horikoshi à qui l’aviation japonaise doit le fameux chasseur « Zéro », Le Vent se lève se présente aussi incontestablement comme le plus autobiographique de tous les films de Miyazaki.
Après tout, n’avait-il pas un rêve lui aussi : Dessiner puis réaliser de beaux films d’animation ? Un ingénieur et un réalisateur d’animation, ce n’est somme toute pas si différent. Le dessin, voilà ce qui les réunit !

Le contexte choisi par le maître n’est pas non plus insignifiant.
Grand passionné d’aviation, Miyazaki nous livre là l’aboutissement de son travail sur sa technique de représentation du vent. De son premier chef d’œuvre Nausicaa et la vallée du vent à Le Vent se lève, il n’a cessé de chercher comment dessiner le vent. Pas un « Miyazaki » ne possède pas au moins une petite brise légère caressant l’herbe verte et un vêtement gonflé par le souffle du vent. Encore plus incroyable, et c’est là la véritable patte de l’artiste, Miyazaki utilise le vent pour exprimer les émotions de ses personnages : des cheveux qui se soulèvent doucement un bref instant parviennent à exprimer la stupéfaction. Et plus le mouvement dure, plus les traits se contractent, plus le personnage passe de l’étonnement à la colère, tels des poils hérissés sur son crâne.
Non, il n’y a absolument aucun doute, Hayao Miyazaki nous prouve avec cet ultime chef d’œuvre qu’il est bel et bien le maître du vent.

« Le vent se lève…  il faut tenter de vivre », cette citation de Paul Valéry fut à l’origine de ce projet. Cette phrase parcourt le film telle une brise messagère.

« Le vent se lève…  il faut tenter de vivre »
Lorsque les difficultés arrivent (la maladie, la mort, les désastres ), il faut les surmonter. Il devient plus difficile de vivre et pourtant il faut se battre, s’y confronter. A ce moment-là seulement on existe, on se sent vivre.
Pour être vivant et se sentir vivant, il faut sentir le vent qui nous pousse, lui résister. C’est ce contact, ces frottements qui nous prouvent que l’on ressent des choses, que l’on a  une volonté. Le vent nous forme, nous fait grandir.

« Le vent se lève… il faut tenter de vivre »
Le vent, c’est notre destin, qui tantôt nous fait pousser des ailes, tantôt nous cloue au sol. Pourtant le vent n’est pas notre maître. Il faut tenter de vivre contre le vent, se dresser contre lui et contre le chemin qu’il nous a tracé, se rebeller. Il faut tenter de vivre et non se contenter d’exister.

« Le vent se lève… il faut tenter de vivre »
Le vent est un entremetteur, qui nous rassemble, nous fait se rejoindre au détour d’un chapeau rattrapé au vol.
Le vent nous réuni, commençons alors à nous frotter ensemble aux coups durs de la vie.

« Le vent se lève…il faut tenter de vivre »
Durant cette période de guerre, le Japon a du mener un combat aérien. Les avions construits par Jiro, en particulier les « Zero », ne sont pas fait pour revenir. Lorsque le vent se lève, que le moteur démarre, que l’avion prend son envol, il faut tenter de vivre, ou plutôt de survivre.

Comme toujours, Miyazaki n’en oublie pas l’essence de la civilisation japonaise, car il souhaite avant tout parler à son peuple. Le quotidien des Japonais est sans cesse soumis aux aléas de la nature. Pourtant à chaque catastrophe le Japon se relève et continue de vivre.
Enfin, malgré les critiques que l’on a pu entendre sur un revirement de position de la part de Miyazaki, qui avait toujours défendu la paix (dans Princesse Mononoké notamment), on constate que son discours n’a pas changé. Le Vent se lève n’est pas l’apologie de la guerre et le blanchiment de ce que le Japon a fait durant la 2nde Guerre Mondiale. Il reconnaît simplement que l’aéronautique d’aujourd’hui n’a pu connaître des avancées technologiques aussi spectaculaires que grâce à l’aviation militaire et à la course au x technologies rendue nécessaire par le contexte de guerre.
La « Montagne magique » dont parle d’ailleurs un vacancier allemand dans le film, c’est finalement la réponse de Miyazaki à ses détracteurs : ce film est, comme tous les autres, est un monde de rêve où la politique n’a pas sa place, car le sujet n’est pas de savoir qui a raison et qui a tort, c’est bien plutôt de savoir ce que c’est d’être humain et de vivre.

Tout ce que l’on peut souhaiter à présent à Miyazaki-sama, c’est qu’un vent toujours favorable le porte encore vers de nouveaux horizons.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :